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Aujourd’hui, 12 décembre, c’est la fête de l’Escalade !

Pourtant, la fameuse bataille a eu lieu dans la nuit du 21 au 22 décembre…

Cette confusion de dates s’explique par le passage du calendrier julien au calendrier grégorien. Cependant, la nuit la plus longue de l’année était déjà passée – c’était le 16 décembre !

Après l’adoption du nouveau calendrier, il a été décidé de garder cette date symbolique pour célébrer cette victoire.

Qu’en est-il de la marmite pleine de soupe que la mère Royaume aurait jetée sur un Savoyard, le tuant sur le coup ?

Au risque d’en décevoir certains, il est peu probable que les choses se soient déroulées exactement comme ça.

Mais d’abord, qui était la mère Royaume ? On ne connaît que peu de choses à son sujet. Née à Lyon entre 1547 et 1552, Catherine Cheynel Royaume s’est installée à Genève avec son mari, Pierre Royaume, le 16 septembre 1572, soit trois semaines après le massacre de la Saint-Barthélemy. Le couple, sans grande fortune, avait sûrement tout perdu lors de son exil.

On connaît plus de choses sur Pierre Royaume, dont le métier n’était pas sans signification pour la suite : il était potier d’étain ! Mais il ne fabriquait pas que des marmites (autrefois dénommées « pots ») : quasiment tout ce qui aujourd’hui est en aluminium, inox ou en céramique était en étain : plats, gobelets, carafes, coquemars (sortes de bouilloires), lampes à huile, etc. Le 11 mars 1588, après 16 ans passés à Genève, Pierre Royaume succède à Henri Bartholomé en tant que graveur de la monnaie. Cette fonction exige qu’il s’installe dans la Tour-Porte de la Monnaie, non loin de Bel-Air.

La Tour-Porte de la Monnaie mise en évidence sur le Plan Billon de 1726.

La nuit de l’Escalade, certains Savoyards étant arrivés jusqu’à cette porte, on comprend pourquoi Madame Royaume aurait eu l’occasion de jeter une marmite par la fenêtre. Seulement, l’idée qu’elle faisait mijoter une soupe vers 3 ou 4 heures du matin est peu plausible. Le plus probable est que la mère Royaume a été réveillée par les combats proches, et a donc pris ce qu’elle avait sous la main pour tenter de défendre sa maison.

Dans Le citadin de Genève ou Response au cavalier de Savoye, écrit par Jean Sarasin en 1606, il est plutôt question d’une femme qui a jeté des pierres et un fond de tonneau sur la tête d’un Savoyard. Ce n’est sûrement qu’après 1676 que l’image de la marmite a commencé à se répandre dans l’imaginaire collectif. En effet, cette année-là, le petit-fils de Dame Royaume lègue à ses descendants plusieurs objets en étain, dont un « pot dit de l’Escalade, […] d’estain gravé et de la façon de feu Pierre Royaume mon aïeul ». Bien entendu, ces éléments ne se contredisent pas tout à fait : on peut imaginer que la mère Royaume a non seulement jeté des pierres et un fond de tonneau, mais aussi la fameuse marmite, et peut-être d’autres choses encore.

Finalement, peu importe que Dame Royaume ait jeté des pierres, un fond de tonneau, une marmite ou autre chose, et si cette marmite était effectivement pleine de soupe ou non… Ce qui importe dans cette histoire, c’est que la tradition ait permis de se souvenir de cette nuit hautement décisive pour l’avenir de Genève à travers cet acte de bravoure dont la véracité – hormis quelques détails – est incontestable.

D’autres figures ont marqué cet évènement, comme Jeanne Piaget, qui a jeté la clef de son allée aux défenseurs genevois pour leur permettre de repousser l’ennemi, ou Isaac Mercier, qui a eu la présence d’esprit d’abattre la herse de la porte Neuve, empêchant le pétardier savoyard d’ouvrir la porte. Pourtant, c’est Catherine Cheynel Royaume qui constitue encore aujourd’hui le symbole de l’Escalade, alors même qu’elle ne figure pas dans la liste des personnes ayant été récompensées après la bataille.

On ne sait pas exactement quand elle est décédée, mais en 1605 – année du décès de son mari – elle était déjà morte.

Pour en savoir plus :

-Dufour-Vernes, Louis. La mère Royaume et sa marmite.
-Geisendorf, Paul-Frédéric. « Dame Royaume chez elle », dans La vie quotidienne au temps de l’Escalade.